Nos conseils
À savoir avant de commander
Cette page liste ce qu'il faut pour commencer : le bon cuir, de quoi couper droit, percer et coudre, puis finir les tranches, avec les spécifications qui comptent et une fourchette de prix honnête. Les besoins sont classés en quatre niveaux : indispensable pour le premier objet, utile pour passer à des pièces plus soignées, confort, et inutile, avec la raison. Le principe qui guide la liste est simple : quelques outils corrects valent mieux qu'une mallette pleine d'outils médiocres.
Quel cuir pour commencer
Le choix du cuir décide de la moitié de la réussite. Pour apprendre, prenez un cuir à tannage végétal : ferme, il se coupe net, garde la forme qu'on lui donne et ses tranches se poncent puis se lissent jusqu'à briller. Le cuir tanné au chrome, celui de la plupart des vêtements et des sacs souples, est plus doux mais s'étire à la coupe et ses bords restent pelucheux. L'épaisseur compte autant que le tannage : 1,5 à 2 mm pour un porte-cartes, un portefeuille ou un étui à lunettes, 3,5 à 4 mm pour une ceinture. Un cuir trop épais pour l'objet est l'erreur la plus fréquente : le portefeuille ne se ferme plus, les griffes peinent à traverser et la couture tire. Achetez une pièce d'un seul tenant plutôt qu'un sac de chutes aux épaisseurs mélangées, et gardez chaque reste : c'est sur les chutes qu'on essaie un geste, une teinte ou une couture avant de toucher à la pièce.
Couper droit et percer des trous réguliers
Une coupe nette se fait au cutter, lame neuve, le long d'une règle en acier posée sur un tapis de découpe. Tracez au dos du cuir avec une pointe ou un crayon, puis coupez en plusieurs passages légers plutôt qu'en un seul passage appuyé, qui fait dévier la lame. Pour les arrondis, un gabarit en carton et un scalpel donnent un meilleur résultat qu'un grand cutter. Vient ensuite le perçage, qui fait l'aspect de la couture. Tracez une ligne parallèle au bord, à 3 ou 4 mm, puis posez la griffe dessus, dents bien droites, et frappez d'un coup franc au maillet, la pièce posée sur une plaque de frappe en polyéthylène. Pour enchaîner, replacez la première dent dans le dernier trou percé : l'espacement reste identique d'un bout à l'autre. La griffe à deux dents prend le relais dans les courbes. Sur deux pièces collées ensemble, percez les deux épaisseurs d'un coup, pour que les trous tombent en face.
Le point sellier, geste par geste
Le point sellier se coud avec un seul fil et deux aiguilles, une à chaque bout. Coupez environ quatre fois la longueur de la couture en fil ciré, enfilez une aiguille à chaque extrémité et passez le fil dans le premier trou, jusqu'à avoir deux longueurs égales. Ensuite, à chaque trou, passez l'aiguille de droite, puis l'aiguille de gauche dans le même trou, en sens inverse, et tirez les deux brins avec la même tension. Les points se croisent dans l'épaisseur du cuir : si un point casse un jour, la couture ne se défait pas, contrairement à une couture machine. Gardez toujours le même ordre, aiguille de devant puis aiguille de derrière, sinon les points penchent d'un côté et pas de l'autre. Pour terminer, revenez en arrière sur deux ou trois trous, coupez le fil au ras et chauffez légèrement l'extrémité du polyester pour la bloquer. Une pince de couture, tenue entre les genoux, libère les deux mains et rend le geste bien plus régulier.
Les tranches, ce qui fait un objet fini
Un objet en cuir bien cousu mais aux bords bruts a l'air inachevé. La finition des tranches suit toujours le même ordre. On arrondit d'abord les deux arêtes à l'abat-carre, en un geste continu. On ponce ensuite la tranche, en montant progressivement en grain, jusqu'à ce que les deux épaisseurs collées ne fassent plus qu'une. On humidifie enfin légèrement et on frotte vivement avec le lissoir en bois : la chaleur du frottement resserre les fibres, qui deviennent lisses et légèrement brillantes. Un peu de cire passée à la fin rend la tranche plus résistante à l'humidité. La teinture des tranches et du cuir peut attendre le deuxième ou le troisième objet : elle demande des essais sur chutes, et un cuir naturel qui fonce avec le temps est déjà un beau résultat. Si vous teignez, travaillez dans une pièce aérée et lisez la fiche du produit, certaines teintures étant à base d'alcool ou de solvant.
Ce qu'on regrette d'avoir acheté
Le kit de maroquinerie à quelques dizaines d'euros, avec sa mallette et ses quarante outils, est l'achat que les débutants regrettent le plus souvent. Il paraît économique, mais les outils qui décident du résultat, les griffes et la lame, y sont généralement les plus faibles, et le fil fourni ne correspond pas toujours au pas des griffes. Achetez plutôt les huit à dix outils de base un par un, dans une qualité correcte : la plupart serviront des années. Méfiez-vous aussi des substituts qu'on a déjà à la maison : des aiguilles à coudre pointues, un maillet en caoutchouc ou des ciseaux de couture font un travail médiocre sur le cuir et abîment le résultat. Le tranchet, l'outil emblématique du métier, n'est pas indispensable pour commencer : il doit être affûté et entretenu, et un cutter à lame neuve coupe aussi bien sur un cuir de 2 mm. Vous l'ajouterez quand vous voudrez parer, c'est-à-dire amincir le cuir sur ses bords.