Nos conseils
À savoir avant de commander
Le travail est long mais simple, et à la portée d'un bricoleur patient. Cette page liste ce qu'il faut pour le faire correctement, en façade comme sur une pierre apparente intérieure : le liant et le sable, les outils pour dégarnir, ceux pour jointoyer, et la protection contre la chaux. Les besoins sont classés en quatre niveaux, de l'indispensable à ce qu'il vaut mieux ne pas acheter. Le point le plus important tient en une phrase : sur une maçonnerie ancienne, on ne met pas de ciment.
Pourquoi la chaux, et pas le ciment
Un mur ancien a été monté pour vivre avec l'eau : l'humidité du sol remonte dans la maçonnerie et ressort par les joints, plus poreux que la pierre. Un joint au ciment est plus dur et beaucoup moins perméable que la plupart des pierres anciennes. L'eau ne sort plus par le joint, elle ressort par la pierre, qui s'effrite, gèle et se délite en quelques hivers ; à l'intérieur, les taches d'humidité et le salpêtre s'aggravent. La chaux hydraulique naturelle fait l'inverse : elle reste un peu plus tendre que la pierre et laisse passer la vapeur d'eau, si bien que le joint s'use avant le mur, et c'est lui qu'on refait tous les quelques dizaines d'années. C'est aussi pourquoi les vieux joints au ciment d'une réparation passée méritent d'être retirés au passage, avec précaution. Le mortier se prépare en général avec un volume de chaux pour deux à trois volumes de sable, à ajuster selon la notice du sac et la finesse du sable.
Dégarnir : la profondeur fait la durée du joint
L'erreur la plus fréquente consiste à gratter un centimètre puis à reboucher : le mortier neuf, posé en couche mince sur un fond poussiéreux, se décolle au premier gel. Il faut vider chaque joint jusqu'au mortier sain, sur au moins deux à trois centimètres, et en pratique sur une profondeur au moins égale à deux fois sa largeur. Travaillez au burin et à la massette, lame dans l'axe du joint, à petits coups, pour ne pas épaufrer les arêtes des pierres. Partez du haut du mur et descendez, pour ne pas salir ce qui est déjà fait. Une fois le joint ouvert, brossez-le à la brosse métallique puis dépoussiérez-le, à la soufflette ou au pinceau : la poussière qui reste au fond empêche le mortier d'accrocher. Si une pierre bouge, ne forcez pas : calez-la et regarnissez autour avant de continuer. Avancez par zones d'un ou deux mètres carrés pour ne jamais laisser un pan entier sans joints pendant des jours.
Jointoyer et brosser : les gestes et le bon moment
La veille et juste avant de commencer, humidifiez le mur au pulvérisateur, sans le faire ruisseler : une pierre sèche boit l'eau du mortier, qui ne prend pas et farine. Gâchez de petites quantités, utilisables en une heure environ, avec juste assez d'eau pour un mortier ferme qui tient sur la truelle retournée. Présentez le mortier à la langue de chat, poussez-le au fond du joint avec le fer, et remplissez les joints profonds en deux couches, en laissant la première raffermir. Arasez au nu de la pierre ou très légèrement en retrait, jamais en saillie : un joint qui dépasse retient l'eau. Le geste qui fait la différence vient ensuite : quand le mortier ne marque plus sous le pouce, passez la brosse en chiendent pour faire apparaître le grain et dégager les arêtes. Brossé trop tôt, le joint se creuse ; trop tard, la pellicule reste lisse et grisâtre.
La météo commande le chantier
La chaux prend lentement, et pendant les premiers jours elle craint trois choses : le soleil, le gel et la pluie battante. En plein soleil ou par vent sec, le mortier perd son eau avant d'avoir durci, il se fissure et sonne creux. Travaillez donc sur les faces à l'ombre, le matin sur un mur exposé à l'ouest, l'après-midi sur un mur à l'est, et évitez les journées de canicule. Le gel est plus grave encore : la plupart des fabricants demandent de ne pas mettre en œuvre en dessous de 5 °C environ, ni quand des gelées sont annoncées dans les jours qui suivent. Le printemps et le début de l'automne sont les meilleures saisons. Pendant deux à trois jours, brumisez légèrement les joints frais matin et soir, et protégez-les de la pluie et du soleil direct avec une bâche tendue à distance du mur, sans qu'elle touche le mortier.
Ce qui abîme un mur ancien
Trois achats reviennent souvent et font plus de mal que de bien. Le mortier prêt à l'emploi au ciment d'abord : pratique et bon marché, il recrée exactement le problème qu'on cherche à corriger. La meuleuse ensuite, que l'on prend pour aller plus vite au dégarnissage : un disque qui touche une pierre laisse une entaille définitive, et la poussière de silice qu'il soulève est dangereuse à respirer. Les produits « de finition » enfin, hydrofuges et nettoyants acides, vendus pour rendre le mur propre ou étanche : le premier peut enfermer l'humidité, le second attaque la chaux et certaines pierres. Si le mur présente des fissures qui traversent plusieurs rangs de pierres, un ventre ou des pierres qui bougent, ce n'est plus un rejointoiement : faites-le voir par un maçon avant d'ouvrir les joints.